Homme vs. Animal, selon Rousseau

Les deux distinctions entre l’homme et l’animal selon Rousseau.
Mais pourquoi, pourquoi est-il si important de savoir quelle est la différence entre l’homme et l’animal?
1/ C’est évident.
2/ En quoi est-ce important?
3/ A part couper les cheveux en quatre, ça apporte quoi concrètement?

Voilà ce que je pensais quand j’étais jeune et innocent — j’entends par là en terminale…Alors prenons les choses dans l’ordre, commençons par le deuxième point. L’idée fondamentale, c’est que la philosophie propose une vision du monde. Et cette vision, il faut bien la baser sur quelque chose. A l’époque de la Grèce Antique, tout va bien, le monde est harmonieux, donc on va tout baser sur l’ordre du monde. Après vient l’époque du christianisme : D.ieu est parfait, il est tout, le début et la fin, est membre du Rotary, et a une carte Visa Premier. Donc on a basé la vision du monde là dessus. Puis vint le XVIe siècle. Et là, on commence à se poser quelques questions sur la nature, et l’existence de D.ieu (la révolution copernicienne, la fin de l’argument ontologique et tout ça). Très bien. Mais cela ne nous dit pas sur quoi on va fonder notre vision du monde. L’idée qui va émerger, avec des gens comme Descartes et les suivants, est de fonder la vision du monde non plus sur un « Grand Horloger », mais sur l’Homme, sur nous. A priori une chose dont on est au moins sûr de l’existence.
Ce qui nous amène directement à la première question. C’est quoi un Homme? Ou plutôt quelle est la différence avec l’animal? Parce que nos 30 millions d’amis pensent, réfléchissent, éprouvent des sentiments — ok le vocabulaire n’est peut-être pas le plus approprié, mais vous m’accorderez cette imprécision sémantique. Le fait est que la réponse à cette question n’est pas simple, et a beaucoup tracassé nos amis philosophes lumineux.
Vient à présent le moment d’introduire les deux distinctions que fait Jean-Jacques, dans son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes.

1ere distinction

cette différence que la Nature seule fait tout dans les opérations de la bête, au lieu que l’Homme concourt aux siennes, en qualité d’agent libre.

L’idée de Jean-Jacques est que l’animal a comme un programme interne, l’instinct, duquel il reste prisonnier. L’homme a ce même instinct, mais a la liberté, peut faire le choix d’aller contre. Et Rousseau note, que quand il serait avantageux pour l’animal de s’écarter de son instinct, l’Homme le fait souvent à tort. L’exemple qu’il prend est par exemple qu’un pigeon, qui ne mange que du grain, pourrait mourir de faim, quand bien même il aurait un steak tartare à côté de lui. Cependant Jean-Jacques n’a pas l’air complètement sûr de lui à l’issue de cet argument, en sent le besoin d’enfoncer le clou, de manière beaucoup plus radicale.

2e distinction

Mais, quand les difficultés qui environnent toutes ces questions [cf. 1er argument], laisseraient quelque lieu de disputer sur cette différence de l’homme et de l’animal, il y a une autre qualité très spécifique qui les distingue, et sur laquelle il ne peut y avoir de contestation, c’est la faculté de se perfectionner […] et réside parmi nous tant dans l’espèce que dans l’individu

Et pour ne pas manquer quoi que ce soit de ce brave Jean-Jacques, il se demande quelques lignes plus loin pourquoi l’Homme est le seul être susceptible de devenir imbécile…L’idée sous-jacente est toujours la liberté dont l’homme dispose vis-à-vis de lui-même, ici pour évoluer. J’ai à l’esprit les documentaires qu’on peut parfois voir en cas d’insomnie profonde, sur TF1 vers 4h, où l’on voit ces tortues de mer qui, à peine sortie de l’œuf, savent qu’il faut aller vers la mer, qui n’ont pas besoin de Google Maps pour la trouver — vous voyez le tableau… Elles sont déjà à la naissance tout ce qu’elles seront au cours de leur vie. Pareil pour un chat, qui après un temps assez bref est ce qu’il sera pour toute son existence. Par contre, l’Homme, lui naît sans même savoir marcher. Il lui faut pas loin de 25 ans, soit certainement plus d’un quart de sa vie, pour être autonome. Et ce n’est pas pour cela que son évolution s’arrêtera là. Car s’il peut tendre vers plus de sagesse, comme le remarque Jean-Jacques, il n’est effectivement pas exclu qu’il tende vers plus d’idiotie. Mais Rousseau remarque que cette « perfectibilité » peut aussi se retrouver dans l’espèce tout entière. Pour reprendre l’exemple de Luc Ferry, si on prend une termitière à l’époque des dinosaures, et aujourd’hui, c’est la même chose. Alors que, même si tout n’est pas rose, nos sociétés humaines ont quand même fait d’énorme progrès depuis l’avènement de notre espèce!

Pour conclure, je vous propose d’aborder la 3e question : quelle finalité ?
En deux mots, comme je vous l’ai expliqué plus haut, connaître ces distinctions permet de jeter ce qui sera les bases de l’humanisme, la vision philosophique qui part de l’humain. Ce sont ces distinctions qui vont permettre (entre autres) à Kant de créer sa morale (des impératifs catégoriques), ou à d’autres de remettre au goût du jour, peu de temps après, un système politique — vous en conviendrez assez étrange — la démocratie.

 

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