Comment les jugements synthétiques a priori sont-ils possibles?

Je vais à présent aborder un sujet qui me paraît intéressant, en particulier pour les scientifiques parmi nous. L’objectif de cet article est de mettre en perspective la question que se pose Kant quand il écrit La critique de la raison pure, afin de montrer en particulier comment ce concept doit interpeller les scientifiques, finalement épistémologues.

Ce travail est très ambitieux, ce qui le rend intéressant. Néanmoins, j’écris ici avec beaucoup d’humilité : si un lecteur pense que je fais erreur, je l’incite grandement soit à commenter l’article, soit à m’écrire directement.

Le vif du sujet.

Cette question est difficile d’accès en premier abord car le vocabulaire employé est abstrait. Je propose donc de commencer par déblayer le terrain de ce côté. Jugement est ici entendu au sens logique. Un jugement est l’action d’associer un prédicat à un sujet, exemple : Toutes les Audi sont belles. Les sujet ici est toutes les Audi, le prédicat est belles. Emettre un jugement, c’est donc associer un prédicat et un sujet. D’ailleurs, les connecteurs que l’on utilise pour ce faire, Kant les appelle fonctions de synthèse (en grec, synthèse signifie ‘poser ensemble’), comme par exemple la causalité. (Ces connecteurs feront certainement l’objet d’un prochain article, sur les catégories de l’entendement.)

Synthétiques. Bien que cela occasionne d’innombrables débats, on peut considérer qu’il existe deux catégories de jugements : analytiques, ou bien synthétiques. Un jugement est analytique si le concept du prédicat est déjà inclus dans le concept du sujet : Une Audi est belle. (Un cercle est rond.) Pour faire simple, c’est un jugement qui explicite, mais n’apporte rien. A contrario, un jugement de synthèse apporte une information : L’Audi est rouge. Le concept ‘rouge’ n’est pas compris dans le concept ‘Audi’.

En quoi cela concerne-t-il la science? Toujours en cherchant à faire simple, la science vise à comprendre le monde. Cependant, notamment depuis Galilée, on considère que cette science n’est pas immanente au monde (n’est pas incluse dans le monde). Le monde ne possède pas d’ordre intrinsèquement, c’est l’homme (le scientifique) qui en le regardant y applique un ordre, cherche à établir des liens entre des phénomènes. Je n’ai pas besoin d’en dire plus ici, ce que je souhaite en retenir est que la science consiste finalement à émettre des jugements synthétiques.

…et a priori alors?

Si vous m’avez suivi jusque là je suis fier de moi, mon article n’est pas si obscure que cela… mais il est vrai que j’ai omis une partie de la question. Là ça va devenir plus théorique, mais c’est tout aussi important. Pourquoi avons-nous besoin que ces jugements soient a piori, c’est à dire qu’ils ne découlent pas de l’expérience (i.e. a posteriori)?

C’est vrai dans le fond, on pourrait tout à fait imaginer bâtir une science a posteriori (sur l’expérience). Je constate 50 fois que l’eau bout à 100°C (en gros…), je peux donc dire « l’eau bout à 100°C ». Cependant, un David Hume,  dont Kant dira qu’il l’a sorti de sa torpeur philosophique, a mené une étude sur ce type de raisonnement, appelé raisonnement par induction. Reprenons mon exemple, à l’issue de cette étude, je n’ai finalement rien montré quand je dis que l’eau bout à 100°C. En gros ça marche, mais on ne l’a pas montré. Si j’affirme cette assertion, en dernier ressort cela fait appel à de la croyance, je crois que si je refais l’expérience, l’eau bouillira encore à 100°C. Une croyance, ce n’est pas un méthode scientifique! D’où le fait qu’Hume considère que la science est une forme de religion.

Kant veut donc ici fonder la science proprement. Il n’est pas non plus pour tout faire a priori, comme la physique de Descartes, qui est a priori mais entièrement fausse. A partir de cette étude de Hume cependant, on voit bien que la science a besoin d’un élément d’a priori dans sa méthode, si elle veut être cohérente avec son objectif. Imaginez une partie d’échecs : vous la regardez, vous voyez les mouvements des différentes pièces. Mais pour le comprendre, vous devez concevoir des règles (Kant dit « par réflexion »). Ces règles vous pouvez les écrire, mais vous ne les voyez pas. Vous pouvez bien sûr les confronter à l’expérience, vous les avez ‘intuitées’ par l’expérience, mais le jugement logique que vous prononcer par ces règle lui est a priori (de par sa nature même). Vous avez appliqué des fonctions de synthèse (connecteurs) évoqués précédemment pour y parvenir.

Me voilà arrivé au bout de ce propos. J’espère vous avoir montré ici pourquoi cette question, au delà de son côté « jargonique », est très profonde et finalement encore très actuelle, pour qui cherche à établir de la connaissance.

Une réflexion au sujet de « Comment les jugements synthétiques a priori sont-ils possibles? »

  1. Waouuu j’ai pas tout compris. Je croirais être sur le blog de Nhat Minh mais en version philosophique 🙂 Mais je m’accroche, et j’essaye de comprendre pour me cultiver !

    Par contre j’ai peur que ce genre d’article soit trop complexe pour le Post’It ^^. On s’adresse à des geeks je te rappelle… woot

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