J’ai lu « Deus Caritas Est »

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Bonjour à tous,

aujourd’hui brève note de lecture à propos de la première encyclique du Pape Benoît XVI, Deus Caritas Est (Dieu est amour), publiée en 2005. Suite à l’annonce de sa renonciation au pontificat suprême, je me suis un peu penché sur qui est Joseph Ratzinger. J’ai été surpris du décalage entre son image médiatique et son œuvre, et histoire de confirmer cette impression, je me suis lancé dans la lecture de sa première encyclique.

Commençons par déblayer le terrain, « une encyclique c’est quoi au juste? »
Une encyclique, c’est tout simplement une lettre circulaire, adressée par l’évêque de Rome aux évêques du monde, et à toute personne passant par là. Une encyclique est un moyen pour le Pape, qui est le premier évêque, de donner des indications (d’ordre assez général) à ses collègues, sur un point de dogme, sur un sujet plus ou moins d’actualité, ou sur toute autre chose lui passant par l’esprit.
Par contre ce n’est pas une extension du dogme, et cela n’engage pas l’infaillibilité pontificale. (On fantasme beaucoup sur cette infaillibilité je trouve. Pour mémoire la dernière fois qu’un Pape a parlé ex cathedra, c’était Pie XII en 1950. Donc pas tous les 4 matins non plus.)

Je voudrais mentionner deux idées de cette encyclique. Je ne prétends pas à l’exhaustivité, ni même à la vérité d’ailleurs. Ce sont des idées que je trouve marquantes, et mon but secret et ultime est peut-être de susciter ta curiosité à toi, lecteur. C’est un livre d’environ 70 pages, qui se laisse lire facilement et que j’ai même trouvé très clair.

Comme son titre l’indique (venant de la première lettre de Jean 4,16), il est question de l’amour. Amour qui joue un rôle central dans le christianisme, n’oublions pas les deux commandements « supplémentaires » ajoutés par le Christ au décalogue.

Qui a empoisonné Eros?
Le premier point est que contrairement à ce que Nietzsche a dit, ainsi qu’un certain nombre de ses disciples, l’Eglise n’a pas empoisonné Eros.

Point de vocabulaire, par « amour » que désigne-t-on? En effet il ne faut pas prendre les mots pour des idées, et le mot amour, love, Liebe, est remarquablement imprécis. Dans la tradition grecque, on dénote trois aspects : eros, l’amour charnel et passionnel ; philiae, l’amour familial ou amical ; et agapè, souvent traduit par charité, qui est une forme d’amour gratuit et sublime. (Pour faire court bien sûr, mais si vous vous lancez dans la lecture, Benoît XVI redéfinit ces termes.)
Benoît XVI affirme au contraire que :

il existe une certaine relation entre l’amour et le Divin : l’amour promet l’infini, l’éternité – une réalité plus grande et totalement autre que le quotidien de notre existence.

Et d’ajouter :

Si l’homme aspire à être seulement esprit et qu’il veut refuser la chair comme étant un héritage simplement animal, alors l’esprit et le corps perdent leur dignité. Et si, d’autre part, il renie l’esprit et considère donc la matière, le corps, comme la réalité exclusive; il perd alors sa grandeur.

La mise en garde du christianisme est qu’un eros non « purifié » mène à une réification du partenaire, qui devient un objet du plaisir, et non plus une fin en soi. (Et oui, même le Pape peut invoquer à demi-mot la morale kantienne…). Mais qu’on ne dise pas que l’Eglise est mal à l’aise avec la chair. A ma connaissance, mais qu’on me montre que j’ai tort, il me semble que seul le christianisme promet la résurrection certes des âmes, mais aussi des corps. Et pas n’importe quel corps d’ailleurs, la résurrection est faite avec le « corps glorieux » (cf. Lettre de Paul aux Philippiens 3,21). En d’autres termes nous aurons alors tous 27 ans et serons beaux et bons, sauf George Clooney qui sera dans la cinquantaine pour garder ses cheveux poivre-et-sel.

Charité, ou justice sociale?
Le deuxième et dernier point que je veux souligner se trouve dans la deuxième partie de l’encyclique. Le Pape y aborde les conséquences de l’amour dans la société, la charité, et le rôle de l’Eglise. Il y adresse notamment les critiques marxistes de la charité (se donner bonne conscience, retarder la révolution prolétaire, touSSa). Je cite à nouveau. La citation va être longue, mais le texte est beau et limpide, je ne veux pas paraphraser :

Il n’y a aucun ordre juste de l’Etat qui puisse rendre superflu le service de l’amour. Celui qui veut s’affranchir de l’amour se prépare à s’affranchir de l’homme en tant qu’homme. Il y aura toujours de la souffrance, qui réclame consolation et aide. Il y aura toujours de la solitude. De même, il y aura toulours des situations de nécessité matérielle, pour lesquelles une aide est indispensable, dans le sens d’un amour concret pour le prochain. L’Etat qui veut pourvoir à tout, qui absorbe tout en lui, devient en définitive une instance bureaucratique qui ne peut assurer l’essentiel dont l’homme souffrant – tout homme – a besoin : le dévouement personnel plein d’amour. Nous n’avons pas besoin d’un Etat qui régente et domine tout, mais au contraire d’un Etat qui reconnaisse généreusement et qui soutienne, dans la ligne du principe de subsidiarité, les initiatives qui naissent des différentes forces sociales et qui associent spontanéité et proximité avec les hommes ayant besoin d’aide.

(Sache cher lecteur que ne pas souligner les implications politiques de ce passage nécessite 100% de mon self control… je n’ai fait que mettre en gras)
Ce passage est extrait du paragraphe 28 de l’encyclique, j’en conseille la lecture à toute personne impliquée dans la vie publique. On peut ne pas être d’accord, mais au moins on comprendra ce à quoi on s’oppose.

Voulant garder ce post court, je vais m’arrêter là. Il s’agit d’un ouvrage accessible. Il est relativement court (~70 pages), et facile à lire. Certes si on est familier avec certaines concepts philosophiques, tels que les formes d’amours citées plus haut, ou l’histoire de la pensée occidentale (cosmogonie // judaïsme -> christianisme -> humanisme -> déconstruction -> matérialismes & co ) on pourra certainement aller plus vite, mais Benoît XVI réexplique au fur et à mesure les concept clés pour comprendre son message. Pour conclure j’en conseille la lecture à toute personne intéressée par le christianisme en général, par une étude de l’amour, et par la politique.

 

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Lettre ouverte à MM. Le Guen, Montebourg, et Todd

MM. Le Guen, Montebourg, Todd,

 

Je vous écris suite aux propos que vous avez tenu au début de ce mois, à propos de l’Allemagne. Respectivement, vous avez comparé M. Sarkozy à « Dalladier à Munich », avez parlé d’une « politique à la Bismarck », voire de « l’ivresse de puissance ». En tant qu’européen d’idées et de faits, et en tant qu’humaniste, vous me forcez à sortir de ma réserve.

Si vous cherchez à me cartographier d’un point de vue politique, effectivement je suis un sympathisant UMP. Mais messieurs, cela n’est pas pertinent ici. J’ai une haute idée de la chose politique. C’est pour moi par là que passe le progrès, et par là que beaucoup de possibles sont créés. Et messieurs je me réjouis de pouvoir vous écouter. Certes nous ne sommes pas d’accord sur beaucoup de choses, mais je ne prétends pas détenir la vérité universelle. Comme le disait St-Exupéry, « si tu diffères de moi, loin de me léser, mon frère, tu m’enrichis ». La politique commence par un échange d’idées. Vous me direz que je suis idéaliste – en vérité je le revendique.

Mais messieurs par vos propos vous êtes allés trop loin. Peut-être vos mots ont-ils dépassé vos pensées, peut-être était-ce réfléchis. Je ne vais pas chercher à faire des suppositions sur ce point. Au niveau auquel vous évoluez, et vue l’audience à laquelle vous avez accès, quelles qu’en soient les causes, de tels mots ne sont pas acceptables. Pourquoi?

Messieurs, si je regarde l’histoire de ces 150 dernières années, je vois que la France et l’Allemagne ont été en guerre trois fois. Je vois que ceci a détruit notre continent trois fois. Et que certaines des pires atrocités qu’a connu l’humanité ont trouvé leur origine dans ces conflits. A la fin des guerres de 70 et 14, les germes de la suivante existaient dans le ressentiment résiduel.
Les relations que nous entretenons avec l’Allemagne depuis la fin de la Guerre sont quelque chose que nous devons chérir par dessus tout. Le temps passant, la reconstruction se faisant, nous avons laissé ce ressentiment de côté. Mais messieurs, on ne met pas fin à un cycle plusieurs fois centenaire en 60 ans, et la paix n’est pas automatique.

Messieurs, je dois aussi vous dire que je suis un métis. Je suis en partie d’origine allemande, en partie d’origine française. Aussi la xénophobie anti-allemande, j’ai à ma disposition de nombreuses histoires de famille pour l’illustrer. Actuellement, le métissage n’est plus une tare. S’il vous plaît, ne faîtes pas en sorte que par des propos visant à exciter les esprit, vous ne défaisiez de progrès.

Messieurs, s’il y a une constante dans les crises passées, c’est que pour ne pas s’en sortir il faut se désunir. Les temps nous mettent face à une adversité avec peu de précédents. Soyons tous à la hauteur de ces épreuves. Pas en cherchant à être d’accord sur tout, mais en faisant de la politique avec respect, maîtrise, et en regardant l’avenir.

Messieurs, j’en ai fini avec cette lettre. Demain vous figurerez toujours dans les personnes écoutées de ce pays, et je serai toujours dans la majorité silencieuse. Mais si d’aventure vous passiez ici, et si vous lisiez ceci, j’espère que vous réaliserez à quel point ce type de sorties n’est pas acceptable.

Dans le cas contraire, et parce que je serai fidèle à mes idéaux humanistes, vous trouverez en moi un farouche opposant.

Sincères salutations,
André Rudolf Benoit

Homme vs. Animal, selon Rousseau

Les deux distinctions entre l’homme et l’animal selon Rousseau.
Mais pourquoi, pourquoi est-il si important de savoir quelle est la différence entre l’homme et l’animal?
1/ C’est évident.
2/ En quoi est-ce important?
3/ A part couper les cheveux en quatre, ça apporte quoi concrètement?

Voilà ce que je pensais quand j’étais jeune et innocent — j’entends par là en terminale…Alors prenons les choses dans l’ordre, commençons par le deuxième point. L’idée fondamentale, c’est que la philosophie propose une vision du monde. Et cette vision, il faut bien la baser sur quelque chose. A l’époque de la Grèce Antique, tout va bien, le monde est harmonieux, donc on va tout baser sur l’ordre du monde. Après vient l’époque du christianisme : D.ieu est parfait, il est tout, le début et la fin, est membre du Rotary, et a une carte Visa Premier. Donc on a basé la vision du monde là dessus. Puis vint le XVIe siècle. Et là, on commence à se poser quelques questions sur la nature, et l’existence de D.ieu (la révolution copernicienne, la fin de l’argument ontologique et tout ça). Très bien. Mais cela ne nous dit pas sur quoi on va fonder notre vision du monde. L’idée qui va émerger, avec des gens comme Descartes et les suivants, est de fonder la vision du monde non plus sur un « Grand Horloger », mais sur l’Homme, sur nous. A priori une chose dont on est au moins sûr de l’existence.
Ce qui nous amène directement à la première question. C’est quoi un Homme? Ou plutôt quelle est la différence avec l’animal? Parce que nos 30 millions d’amis pensent, réfléchissent, éprouvent des sentiments — ok le vocabulaire n’est peut-être pas le plus approprié, mais vous m’accorderez cette imprécision sémantique. Le fait est que la réponse à cette question n’est pas simple, et a beaucoup tracassé nos amis philosophes lumineux.
Vient à présent le moment d’introduire les deux distinctions que fait Jean-Jacques, dans son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes.

1ere distinction

cette différence que la Nature seule fait tout dans les opérations de la bête, au lieu que l’Homme concourt aux siennes, en qualité d’agent libre.

L’idée de Jean-Jacques est que l’animal a comme un programme interne, l’instinct, duquel il reste prisonnier. L’homme a ce même instinct, mais a la liberté, peut faire le choix d’aller contre. Et Rousseau note, que quand il serait avantageux pour l’animal de s’écarter de son instinct, l’Homme le fait souvent à tort. L’exemple qu’il prend est par exemple qu’un pigeon, qui ne mange que du grain, pourrait mourir de faim, quand bien même il aurait un steak tartare à côté de lui. Cependant Jean-Jacques n’a pas l’air complètement sûr de lui à l’issue de cet argument, en sent le besoin d’enfoncer le clou, de manière beaucoup plus radicale.

2e distinction

Mais, quand les difficultés qui environnent toutes ces questions [cf. 1er argument], laisseraient quelque lieu de disputer sur cette différence de l’homme et de l’animal, il y a une autre qualité très spécifique qui les distingue, et sur laquelle il ne peut y avoir de contestation, c’est la faculté de se perfectionner […] et réside parmi nous tant dans l’espèce que dans l’individu

Et pour ne pas manquer quoi que ce soit de ce brave Jean-Jacques, il se demande quelques lignes plus loin pourquoi l’Homme est le seul être susceptible de devenir imbécile…L’idée sous-jacente est toujours la liberté dont l’homme dispose vis-à-vis de lui-même, ici pour évoluer. J’ai à l’esprit les documentaires qu’on peut parfois voir en cas d’insomnie profonde, sur TF1 vers 4h, où l’on voit ces tortues de mer qui, à peine sortie de l’œuf, savent qu’il faut aller vers la mer, qui n’ont pas besoin de Google Maps pour la trouver — vous voyez le tableau… Elles sont déjà à la naissance tout ce qu’elles seront au cours de leur vie. Pareil pour un chat, qui après un temps assez bref est ce qu’il sera pour toute son existence. Par contre, l’Homme, lui naît sans même savoir marcher. Il lui faut pas loin de 25 ans, soit certainement plus d’un quart de sa vie, pour être autonome. Et ce n’est pas pour cela que son évolution s’arrêtera là. Car s’il peut tendre vers plus de sagesse, comme le remarque Jean-Jacques, il n’est effectivement pas exclu qu’il tende vers plus d’idiotie. Mais Rousseau remarque que cette « perfectibilité » peut aussi se retrouver dans l’espèce tout entière. Pour reprendre l’exemple de Luc Ferry, si on prend une termitière à l’époque des dinosaures, et aujourd’hui, c’est la même chose. Alors que, même si tout n’est pas rose, nos sociétés humaines ont quand même fait d’énorme progrès depuis l’avènement de notre espèce!

Pour conclure, je vous propose d’aborder la 3e question : quelle finalité ?
En deux mots, comme je vous l’ai expliqué plus haut, connaître ces distinctions permet de jeter ce qui sera les bases de l’humanisme, la vision philosophique qui part de l’humain. Ce sont ces distinctions qui vont permettre (entre autres) à Kant de créer sa morale (des impératifs catégoriques), ou à d’autres de remettre au goût du jour, peu de temps après, un système politique — vous en conviendrez assez étrange — la démocratie.

 

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Le critère de Popper


Chers tous, aujourd’hui post de rentrée sur le critère de Popper!

L’objectif est de vous introduire en quelques mots au concept de ce critère, et de vous en montrer deux ou trois exemples d’utilisation.
Ce critère, formulé par Karl Popper dans les années 1930 est une méthode pour déterminer si une théorie peut être considérée comme scientifique, ou non. Commençons par un point de vocabulaire : une théorie est dite réfutable si on dispose des moyens de prouver qu’elle est fausse.
Exemple : je suppose que tous les vins produits dans la région de Saumur sont bons. Cette théorie est réfutable, car il suffit que l’on me présentât un vin de Saumur qui ne soit pas bon pour montrer que cette théorie est fausse.

Maintenant, en sciences, si on cherche la vérité, on ne prétend pas la détenir. Une théorie scientifique est considérée comme « vraie », tant que personne n’a montré qu’elle était fausse. Et c’est à cause de cela qu’on peut se servir du critère de Popper afin de déterminer si une théorie est scientifique ou non.

Applications!
L’application que je vous propose fera certainement bondir certains d’entre vous, mais c’est une des plus connues. Elle consiste à montrer que la psychologie n’est pas une science (au sens de la réfutabilité).
En effet, la psychologie repose sur l’existence de l’inconscient. Supposons maintenant que je joue l’empêcheur de tourner en rond, et que je me demande si l’inconscient existe bien.
Il y a deux issues possibles :
– j’accepte que l’inconscient existe, fin de la question.
– ou non, j’ai encore des doutes. Mais l’inconscient par essence est inconscient (si si, j’vous jure). Et je ne peux donc pas en être conscient. Donc je n’aurai jamais à ma disposition les moyens de prouver qu’il n’existe pas, car jamais je ne pourrai être conscient de son existence.

Ce critère me paraît à titre personnel très pratique, car il permet de détecter des pièges de la raison. Du genre : « tu mens! » « non! », car soit j’avoue, soit je persiste, et dans tous les cas je suis coupable; ou la théorie du complot qui par essence doit être caché. Si je dis que le complot n’existe pas, soit je suis de bonne foi et c’est qu’il est bien caché, soit c’est que je suis dedans (gnark gnark gnark), et en aucun cas je ne peux montrer qu’il n’existe pas…

Voilà, c’est tout, pour le moment!

Illustration

Le rasoir d’Ockham

Bref article aujourd’hui sur le rasoir d’Ockham, ou principe de parcimonie. Il s’agit d’une règle s’appliquant aux raisonnements, qui s’énonce comme il suit :

Les multiples ne doivent pas être utilisés sans nécessité.

C’est un principe attribué au frère franciscain Guillaume d’Ockham (Angleterre, XIVe siècle), bien qu’il ait été énoncés sous différentes formes dès l’antiquité.

Ce principe revient à dire qu’il faut limiter le nombre des entités intervenant dans un raisonnement. En pratique, face à un problème donné, l’hypothèse la plus simple a de bonnes chances d’être correcte.

En mathématiques, on limitera le nombres d’hypothèses et de propriétés utilisées pour démontrer une assertion. Dans la vie de tous les jours, par exemple si on ne comprend pas le comportement de quelqu’un, l’hypothèse explicative la plus simple a de bonnes chances d’être juste (dans mes mots ça donnerait quelque chose comme « ne pas se prendre la tête »…).

Principe de parcimonie car on limite le nombre de notions mises en mouvement, ou rasoir d’Ockham car on « coupe » les entités superflues.

J’espère vous avoir éclairé sur principe de raisonnement, et qu’à l’occasion il puisse vous être utile !

Mise à jour:
J’ai récemment entendu une confusion à propos du rasoir d’Ockham : ce n’est pas le principe du moindre effort… Le rasoir d’Ockham est aussi connu sous le nom de principe de parcimonie, certes. Par là, on entend que si à un problème, plusieurs hypothèses sont présentées comme solutions, il est probable que la plus simple soit la bonne. L’idée est de ne pas se perdre en conjectures diverses et variées. Mais « la plus simple » ne veut pas dire « simple »… Et il ne s’agit que d’une première approche, un guide pour la réflexion — ce n’est en aucun cas recevable comme justification.

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De la prise de risques

Je vous propose de prendre un instant aujourd’hui pour réfléchir à un sujet connexe à la prise de décision, j’entends la prise de risques.

Quitte à attaquer dans le vif du sujet, commençons par nous l’avouer, si nous sommes tous en théorie d’accord pour dire qu’il « faut savoir prendre des risques », quand le moment vient de se lancer… vous voyez ce que je veux dire.
D’autant plus que le temps présent nous incite à considérer la peur comme une vertu sage — on pensera notamment au sacro-saint principe de précaution (thème que j’ai déjà abordé ici).

Le risque, c’est une possibilité de futur qui ne nous est pas (a priori) favorable, et que l’on cherche à éviter. Ce point, ne devrait pas faire polémique.
« Prendre un risque« , c’est finalement une expression assez paradoxale. Le risque, c’est une occurence d’un futur que l’on ne connait pas par avance. Mais en même temps, ce risque, on le prend. Ce n’est pas on « l’accepte », ou on le « comprend ». Non, on le prend. C’est une action, une appropriation presque, une prise de contrôle en réalité.

Eviter à tout prix de prendre des risques me semble pouvoir s’interpréter comme une rationalisation à l’excès. C’est une sorte de tempérament casanier, où on cherche à rester dans l’acquis, dans ce qui est déjà, ne pouvant pas quantifier avec certitude le gain d’une action.

Tout à l’heure, j’ai parlé de prise de contrôle. Force est de constater qu’on ne contrôle pas l’avenir. Non, la prise de contrôle n’est pas sur l’avenir, mais sur le cours de sa propre vie. Si on ne prend aucun risque, on est finalement comme une voilier à la dérive, soumis aux flots environnants. Et il faut alors se rendre compte « que celui qui ne prend aucun risque, en réalité, les prend tous ». Il renonce au contrôle de son existence.

Prendre des risques nécessite du courage. C’est évident, mais c’est mieux une fois dit. Prendre des risques, ça veut aussi dire échouer. Souvent plus d’une fois. Mais aussi savoir persévérer. C’est un choix, le choix d’être fort, simplement parce qu’on le veut.

Mon propos étant finalement un plaidoyer en bonne et due forme pour la prise de risques, je laisse la parole à Rudyard Kipling pour terminer, maître de la mesure, pour prendre du recul :

« Il faut toujours prendre le maximum de risques avec le maximum de précautions. »

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Comment l’entrepreneuriat satisfait les trois derniers besoins de Maslow, par Bastien Siebman

C’est avec grand plaisir que je reçois aujourd’hui Bastien Siebman sur ces carnets. Bastien est un ami, rencontré dans notre charmante filière Ensimag – systèmes embarqués. Ce qui me frappe le plus chez lui, c’est sa force de volonté marquée, ainsi que son pragmatisme toujours présent. Vous pourrez le retrouver sur siebmanb.com où il est l’auteur d’un blog sur l’entrepreneuriat, l’innovation et le web. Assez parlé, je lui laisse la parole !

Tous les élèves de Terminale qui ont suivi les cours de philosophie connaissent la pyramide des besoins de Maslow. Celle-ci représente les besoins de lʼêtre humain. Les besoins physiologiques (manger, dormir), les besoins de sécurité (santé, emploi), les besoins sociaux, le besoin dʼestime et enfin le besoin dʼaccomplissement personnel.

Au cours de mes réflexions sur lʼentrepreneuriat, je me suis rendu compte que cette démarche permettait de satisfaire ces trois derniers besoins… Et plus nous montons dans la pyramide, et plus lʼentrepreneuriat les satisfait pleinement.

Les besoins sociaux peuvent être distingués en 4 catégories : amour, amitié, intimité et appartenance. Lʼentrepreneuriat répond à ce dernier. Entreprendre, cʼest faire partie de cette incroyable communauté de chefs dʼentreprises et créateurs en tout genre qui ont un jour sauté le pas. Appartenir à un groupe aussi soudé et dynamique donne des ailes… Un travail que je qualifierais dʼordinaire nʼaurait pas un tel impact. Appartenir au groupe des employés de la société ? Appartenir au groupe des ingénieurs ? Les sentiments dʼappartenance, dʼentraide et de soutien nʼy sont pas aussi forts.

Le besoin dʼestime passe par la confiance, le respect des autres et lʼestime personnelle. Lʼentrepreneuriat répond à tous ces besoins. La confiance, comme lʼestime personnelle, sont tous deux acquis à travers les projets de création que nous entreprenons. Créer, et à fortiori créer quelque chose qui fonctionne et qui sert, donne de la confiance, et augmente notre estime de nous. De la même manière, le respect des autres sʼacquière en même temps que notre projet de création inspire le respect.

Enfin, les besoins dʼaccomplissements personnels sont à priori pleinement satisfaits par lʼentrepreneuriat. La créativité, qui est une des facettes de ce besoin, est le pilier central de lʼentrepreneuriat. La résolution de problèmes, qui est également une facette, se présente naturellement à nous. Beaucoup dʼentrepreneurs se disent comblés dʼun point de vue personnel depuis quʼils ont décidé de se lancer, alors que ces mêmes entrepreneurs étaient frustrés dans leur ancien travail.

Tous ces détails démontrent bien que la pyramide des besoins de Maslow peut être satisfaite par les différentes facettes de lʼentrepreneuriat.

Je me permettrai juste d’ajouter que pour ceux d’entre nous en quête de ce qu’est une « vie réussie », ce chemin n’est certainement pas dénué d’intérêt…

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Eloge de l’impatience

Aujourd’hui, je vous propose d’aborder la patience. Pourquoi ? Parce que qu’à force qu’on m’en dise dépourvu, j’ai voulu me pencher plus précisément sur la question.

Qu’entend-on par patience ? Là réside déjà une bonne part du problème. En première approche, je considère qu’il y en a deux types : la patience-simple, et la patience-persévérance.

La patience est la capacité que l’on a à se maîtriser quand le cours des choses fait que l’on doit attendre. Et si l’on prend le temps de faire quelques recherches, on se rendra vite compte que c’est une qualité prisée par le sens commun et les religions. Certes.

En même temps ce que je constate, c’est que souvent on me conseille d’être « patient » quand la tournure des évènements me déplaît. Alors là non, patient je ne serai pas !

Si j’ai distingué deux types de patience plus haut, c’est qu’il y en a une active, l’autre passive.

La patience « simple », passive, est celle qu’on est contraint d’avoir lors d’une grève SNCF (exemple purement fortuit…). Là oui, prendre son mal en patience (j’entends faire connaissance avec d’autres naufragéEs de ladite grève), on n’a guère le choix.

Par contre, quand il s’agit de sa situation générale, quand on n’est pas heureux de sa condition actuelle, là non cette patience m’insupporte. Ça revient à accepter son sort, « en attendant que ça aille mieux ». Et puis quoi encore ?

La patience peut dans ce cas se concevoir comme une attente active, une patience persévérance. C’est viser une amélioration, et remuer Ciel et Terre s’il le faut pour y arriver. C’est refuser de se conformer à ce qui paraît inéluctable, c’est arrêter d’être spectateur de sa vie pour en devenir acteur. Cesser d’exister pour commencer à vivre.

Et si cela s’appelle impatience, alors mes amis soyons impatients, nous avons toute la mort devant nous pour apprendre à être patients.

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En guest chez Bastien Siebman

C’est avec un grand plaisir que j’ai accepté l’invitation de Bastien le 20 février dernier pour écrire un article pour son blog, qui traite principalement d’entrepreneuriat, d’innovation et du web.

Aussi je vous invite à aller y jeter un oeil !

http://www.siebmanb.com/blog/la-prise-de-risques-une-obligation-pour-tout-entrepreneur/

Une brève étude de la causalité

Mes premiers feedbacks sur ces carnets indiquent que si le sujet plaît, la longueur ou le vocable de mes articles peut freiner. Je remercie mes premiers lecteurs pour ces conseils! N’hésitez pas à me contacter pour me faire part de vos remarques!

Voici donc mon premier article dans un style que j’espère plus efficace. Il va donc être ici de la causalité, du déterminisme, et du principe de liberté. Je ne fais ici qu’expliquer, ces idées proviennent principalement de la deuxième antinomie de la raison dans la Critique de la raison pure, si le coeur vous en dit …

De temps à autres, on rencontre des personnes qui nous disent que le libre arbitre n’existe pas, que nous sommes entièrement déterminés par notre éducation, notre famille, notre classe sociale, nos gènes, et cetera… Dans la plupart des cas, leur raisonnement est de prendre un phénomène, et d’en chercher la cause. Mais cette cause est elle-même effet d’une autre cause, qui elle-même est effet, et ainsi de suite.

On obtient donc une chaîne infinie de causes et d’effets, qui constitue les fondements de leur déterminisme.

Penchons-nous sur cette chaîne infinie. Deux hypothèses s’offrent à nous :

  1. On la termine avec une cause première, ou une cause d’elle-même (on peut l’appeler ‘Dieu’ à l’occasion). Mais en posant une cause qui elle n’a pas elle-même de cause, on casse notre beau principe de causalité! On introduit un phénomène qui ne cadre pas avec la méthode. Bref, pour faire court, ça marche pas.
  2. On ne termine pas cette chaîne. Oui, mais dans ce cas là, toute explication est incomplète, et notre principe explicatif porte une tare intrinsèque. Et ça ne marche pas non plus.

(en épistémologie, on dira que de telles théories ne sont pas falsifiables.)
Ce qu’on montre ici, c’est qu’on atteint avec ce type de ‘raisonnements’ les limites de ce que la raison peut appréhender. Le principe de déterminisme, on ne peut pas le démontrer, ce n’est pas possible, c’est une idée qui n’est pas dans la sphère de la raison, à la limite peut-elle se trouver du côté de la croyance.

Et c’est pour cela que par défaut si je puis dire, on posera l’hypothèse de liberté.